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Ostéopathie et performance du swing chez le golfeur

juil. 15

Rédigé par
15/07/2010 17:56  RssIcon

Dr Sergio Marcucci, Ostéopathe D.O. M.Sc. student in osteopathic clinical research, Andrew Taylor Still University, Kirksville, USA.

Objectif : le but de l’étude était d’évaluer l’influence d’une prise en charge ostéopathique sur la performance du swing complet (full) de golfeurs asymptomatiques, et en particulier de mettre évidence une amélioration de la vitesse de la tête du club (VTC) lors de ce mouvement.

Intérêt : Une étude de ce type d’après la littérature n’a jamais été réalisée. Au golf le vol de la balle est directement lié à la performance du « swing complet » (full swing).

Pour Du Moulin et al. (1996), le swing est un déroulement, ordonné dans le temps et l’espace, d’actions musculaires nombreuses sur l’ensemble du corps (membres supérieurs, tronc et membres inférieurs). Le résultat de ces actions enchaînées conduit à conférer à la tête du club un maximum d’énergie cinétique, à l’instant précis de l’impact sur la balle. De nombreux travaux (Pelz, 1990 ; Olsavsky, 1994) ont traité de l’influence du matériel golfique (club, balles) dans l’amélioration de la VTC. Par contre, les études montrant l’efficacité d’une thérapeutique sur VTC sont peu nombreuses. Lehman et McGilll (1999) ont amélioré le swing à la suite d’une manipulation lombaire augmentant la mobilité du segment traité. Stude et Gullickson (2000) ont mis en évidence l’influence du port de semelles orthopédiques sur la VTC, au sein d’une population de golfeurs asymptomatiques expérimentés, lors d’un swing complet. Wiren (1990) a mis en évidence l’existence de cinq facteurs mécaniques pouvant influencer ce vol : La VTC, l’orientation de la face du club, le centrage de la balle sur la face du club, et les fondamentaux du golf, c’est-à-dire le placement (adress), la prise du club (grip), le mouvement lors du swing, et la posture du golfeur (stance). Outre ces facteurs purement mécaniques, il faut également considérer l’importance de facteurs biomécaniques dans les quatre phases du swing golfique : le placement (adress), la montée (backswing), la descente (downswing), la décélération (finish). Dans le golf il y a quatre types de forces qui s’appliquent sur la colonne lombaire pendant le mouvement de swing : trois forces axiales et une force rotationnelle (Hosea, 1996). Le contrôle moteur est une des clefs pour prévenir les accidents (Winters & Crago, 2000). La perte de ce contrôle moteur provoque un dysfonctionnement du contrôle articulaire, le plus souvent du à une incoordination entre l’activation des groupes musculaires agonistes et antagonistes (McGill, 1998).

Adlington (1996) a mis en évidence le fait d’avoir de bons appuis podaux lors du placement (adress) permettait au golfeur d’accroître l’accélération du club pendant la descente du swing, avec une augmentation de la VTC et par conséquent, une plus grande distance de vol de la balle. En plus d’un effet podal, une amélioration de la mobilité de la hanche et bassin pourrait également expliquer l’augmentation de la VTC. McTeigue et coll. (1994) ont montré que la plupart des golfeurs professionnels commençaient la descente lors du swing par la rotation de hanche. De plus Robinson (1994) a observé que la vitesse angulaire de hanche influençait positivement la VTC. Enfin, selon Cassidy et al. (1992) « les forces de coaptation à l’intérieur des capsules des facettes articulaires vertébrales sont temporairement diminuées après la manipulation, ce qui permettrait un jeu articulaire plus important et augmenterait l’amplitude de mouvement passif dans l’espace paraphysiologique ». Donc, une amélioration de la mobilité entre la ceinture scapulaire et pelvienne pourrait avoir influencé le facteur « X ». Dans le golf moderne, le facteur « X » est de l’ordre de 45° et nécessite une rotation de hanche de 45° associée à une rotation de la ceinture scapulaire de 90° (Golf Digest, 1999).

La prise en charge ostéopathique pourrait avoir eu un effet en améliorant le contrôle moteur de toutes les parties du corps impliquées durant le mouvement du swing golfique. Cette étude pilote pourrait servir pour une autre étude, mais cette fois avec des golfeurs souffrant de lombalgies, car il semble d’après la littérature (Hosea, 1996 ; Theriault et al., 1996 ; Seaman, 1998) être la souffrance musculo-skelettique le plus souvent rencontrée par des golfeurs, aussi bien professionnels qu’amateurs. Ceci afin de prévenir les accidents rencontrés durant la pratique de ce mouvement sportif.

Matériel et méthodes : Les critères d’inclusion était golfeurs âgés entre 18 et 65 ans ; porteurs de dysfonction ostéopathique ; index de jeu inférieur ou égal à 10. Les critères d’exclusion était traumatisme physique récent (inférieur à deux semaines) ; ayant bénéficié d’un traitement physique, ostéopathique, chiropractique ou de kinésithérapie et sous traitement médicamenteux dans le mois qui précède l’étude ; douleurs au niveau du système musculo-squelettique (inférieur à deux semaines) ; pathologies aiguës ou chroniques avérées.

Vingt golfeurs expérimentés avec un index de jeu inférieur ou égal à dix ont été sélectionné. Ils ont été répartis aléatoirement dans deux groupes de dix, un groupe bénéficiant d’une prise en charge ostéopathique et l’autre groupe (groupe témoin), d’un massage de la colonne vertébrale. Chaque golfeur devait faire dix swings avec un club fer sept. Les golfeurs de chaque groupe, ont été pris en charge une fois que la VTC1 avait été mesurée à l’aide du « Bel – Tronics » Swing Mate, Inc, Mississauga, Ontario). Au troisième jour après cette prise après cette prise en charge, une deuxième mesure de la VTC2 a été effectuée dans les mêmes conditions que pour la VTC1.

L’analyse statistique : Les données de chaque groupe ont été analysées par un test de Wilcoxon pour séries appariées, vérifiant les caractéristiques individuelles et étudier l’évolution de la VTC dans chaque groupe. En plus un test t de Student a été réalisé pour savoir s’i y avait une différence entre le groupe ostéopathie et le groupe témoin (massage) au niveau de l’âge et du IMC. Finalement une analyse de la variance (ANOVA) à un facteur et avec mesures répétées (VTC1 et VTC2) a été réalisée pour savoir s’il existait une différence entre les deux groupes (ostéopathie, témoin avant et après pris en charge). Tous les tests statistiques ont été réalisés par des logiciel STATISTICA 6.1 et SIGMASTAT.

Résultats : Différence hautement significative après prise en charge dans le groupe ostéopathie (p=0.008). Dans le groupe témoin, la différence n’est pas significative (p=0.94). Le groupe ostéopathie a pu accroître en moyenne sa vitesse de 4.5 km h-1 après la prise en charge ostéopathique. Pour le groupe témoin, la différence n’est pas significative (p=0.94). L’analyse de variance (ANOVA) à un facteur avec mesures répétées ne montre pas de différence significative entre les deux groupes (p=0.340).

Conclusions : Les résultats de cette étude ont montré l’efficacité d’un traitement ostéopathique sur la VTC chez des golfeurs avec la reproductibilité de leur swing golfique. Ces résultats encouragent de travailler en ce sens avec des golfeurs souffrant de lombalgie et ainsi améliorer la biomécanique vertébrale et de l’ensemble du corps durant ce mouvement sportif.

Implications : Les golfeurs amateurs, qui exécutent le mouvement du swing avec une faible mécanique, ont démontré présenter une plus grande torsion au niveau de la colonne lombaire, que les golfeurs professionnels. La prise en charge ostéopathique pourrait avoir amélioré le contrôle moteur de toutes les parties du corps durant le swing golfique et pourrait être intéressant pour ainsi réduire les risques d’accidents (Winters & Crago, 2000).

Références

  • Adlington, G.S. (1996) Proper swing technique and biomechanics of golf. Clin Sports Med 15(1):9-26.
  • Cassidy, J.D.,Kirkaldy-Willis, W.H., & Thiel, H.W. (1992) Managing low back pain, 3rd ed., New York:Churchill Livingstone 283-96.
  • Dumoulin, J. et al. (1996) Le golf : analyse par électromyographie intégrée de quelques synergies musculaires durant le swing. Médecine du sport 70:79-83.
  • Golf Digest.Pocket Tips. (May 1999).
  • Hosea, T.M. & Gatt, J.R. (1996) Back pain in golf. Clin in Sports Med 15(1):37-53.
  • Lehman, G.L., & McGill, S.M. (1999) The influence of a chiropractic manipulation on lumbar kinematics and electromyography during simple and complex task: case study. J Manipulative Physiol Ther 22(9):577-86.
  • McGill, S.M. (1998) Low back exercices: prescription for the healthy back and when recovering from injury. In: Ressources Manual for Guidelines for Exercise Testing and Prescription. 3rd ed.. Indianapolis, Ind: American College of Sports Medicine. Baltimore, Williams and Wilkins.
  • McLean, J. (1992) Widen the gap. Golf Magazine 49-53.
  • McTeigue, Lamb S.R., Mottram RM, Pirozzolo F (1994) Spine and hip motion analysis during the golf swing. In: Cochrane AJ. Farrally MR., editors. Science and golf II. London: E & FN Spon 50-8.
  • Olsavsky, T. (1994) The effects of driver head size on performance. In: Cochran AJ, Farrally MR, editors. Science and golf II. London: E & FN Spon 321-6.
  • Pelz, D. (1990) A simple. Scientific shaft test: steel versus graphite. In: Cochran AJ, editor. Science and golf. London: E & FN Spon 264-9.
  • Robinson, R.L. (1994) A study of the correlation between swing characteristics and club head velocity. In: Cochran AJ. Farrally MR.editors.Science and golf II.London: E & FN Spon 84-90.
  • Seaman, D.R. (1998) Back pain in golfers: etiology and prevention. J Manipulative Physiol Ther 12:45-54.
  • Stude, D.E., & Gullickson J (2000) Effect of orthotic intervention and nine holes of simulated golf on club-head velocity in experienced golfers. J Manipulative Physiol Ther 23(3):169.
  • Thériault, G., Lacoste, E., Graboury, M., et al. (1996 May) Golf injury characteristics : a survey from 528 golfers. Med Sci Sports Exerc 28(5):565.
  • Winters,J., & Crago, P. (Eds) (2000) Biomechanics and Neural Control of Posture and Movement. Springer, New York.
  • Wiren, G. Laws (1990) Principles and preferences – a teaching model. In: Cochran AJ, editor. Science and golf. London: E & FN Spon 3-13.